Brothers : A Tale of two Sons

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Deux jeunes frères liés par une promesse quittent leur village pour affronter les périls du monde. Cette promesse, c’est celle de sauver leur père mourant en partant à la recherche du remède à son mal incurable. Mais ce voyage initiatique de deux enfants désespérés, portés par l’amour, saura-t-il trouver une heureuse conclusion ?

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Rares sont les jeux qui savent allier la beauté d’une narration touchante et sincère à un gameplay assez discret pour ne pas gâcher l’histoire qui nous est contée. Brothers : A Tale of Two Sons fait indéniablement partie de ceux-là et réussit parfaitement à nous transporter vers ses contrées magnifiques teintées cependant de drame et de sang à travers les yeux de nos deux héros. Parce que malgré son aspect envoûtant, Brothers est une tragédie qui commence dès les premières minutes de jeu.

Note : Ce test contient des spoilers. Vous êtes prévenu !

Départ

Tout commence lorsqu’un petit garçon aux cheveux blonds, un genou à terre devant une tombe fleurie, se remémore le passé. La tempête, la barque, son impuissance face aux éléments déchainés qui, dans une incompréhensible colère, entrainent sa mère au fond de l’océan. Soudain, une voix retentit et tire le garçon de ses sombres rêveries. « Naiee ! Naiee ! » C’est Naia, son grand frère, qui l’appelle à l’aide. Leur père, gravement malade, a besoin d’être transporté d’urgence chez le guérisseur du village.

Vous l’aurez compris, malgré son aspect enchanteur, Brothers n’a rien d’un conte heureux. Dès les premières minutes de jeu, nous ressentons le fardeau de ces enfants face à une vie qui ne leur laisse aucun répit. À peine leur mère disparue, c’est leur père qui risque de mourir sous peu. Heureusement, un espoir subsiste pour Naia et Naiee. Le guérisseur, bien que peu optimiste sur l’état du pauvre homme, parle d’un remède à même de pouvoir le soigner. Ainsi débute la quête de deux enfants qui devront traverser le monde et braver tous les dangers afin de sauver l’homme qui leur donna naissance.

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Les premiers pas insouciants…

Ma faiblesse, ma force

Brothers : A Tale of Two Sons est un jeu simple. Vous ne vous retrouverez que rarement coincé quelque part et malgré un gameplay très atypique – diriger deux personnages avec les deux joysticks de la manette – la difficulté est quasiment inexistante. Mais là n’est pas l’essence de ce jeu puisqu’il s’agit avant tout d’un jeu narratif à l’identité forte. Tout est fait pour nous immerger dans ce monde époustouflant de beauté : les personnages qui s’adressent entre eux dans un dialecte exotique, la profondeur et le détail des paysages, la délicate musique… Bref, quand vous commencerez à jouer à Brothers, vous aurez probablement du mal à vous arrêter tant vous voudrez connaître la suite des péripéties de Naia et de Naiee.

Ce qui frappe le plus dans ce jeu, c’est la maturité du sujet. Il est question de mort principalement, de mort sous sa forme la plus tragique. En effet, la perte d’un être aimé est une douleur en soi, mais elle ne saurait être plus marquante lorsque celle-ci survient sous nos propres yeux. Ici, c’est le plus jeune frère, Naiee, qui tient selon moi le rôle clef de Brothers. Plus fragile que son aîné, c’est lui qui a assisté à la disparition de sa mère. Depuis, Naiee ne supporte plus l’eau, elle lui est devenue comme un douloureux rappel de sa faiblesse. Heureusement, lorsque l’aventure nécessite d’avoir à la traverser, le petit blondinet pourra toujours compter sur son grand frère. Mais Naiee est loin d’être un incapable. Dans les premiers instants du jeu, nous ressentons ses faiblesses mais très vite, nous nous rendons compte qu’il sera indispensable à la bonne réussite de cette quête.

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L’amour fraternel est si bien illustré dans Brothers.

L’apprentissage à deux

J’évoquais un gameplay d’apparence simple mais qui en vérité, est loin d’être simpliste. La progression de l’aventure repose énormément sur les forces respectives et complémentaires des deux héros. Le grand frère est plus fort, il peut donc tirer de grands leviers et porter son frère lorsqu’il faut nager. Le petit frère, lui, est plus malin et plus agile et pourra notamment passer à travers certains barreaux afin d’ouvrir la voie à son aîné.

Par ailleurs, diriger nos deux personnages en même temps représentera pour certains un véritable challenge. Combien de fois ai-je inversé les contrôles en envoyant l’un ou l’autre des frères dans le décor ? Mais tout comme Naiee et Naia apprennent à dompter leurs peurs, vous apprendrez peu à peu à maîtriser vos déplacements. Ce voyage initiatique ne profite apparemment pas qu’aux personnages.

Mon plus grand émerveillement dans Brothers (mise à part la narration), a été le level design. Il faut voir comment une situation apparemment insoluble sous son premier aspect devient évidente lorsque l’on y réfléchit à deux. Deux pour deux personnages, une dualité qui freine notre avancée au départ mais qui apparait d’une absolue nécessité par la suite, et pour le gameplay et pour la narration.

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Coopérer avec une seule manette en une image.

La fin d’une époque

Il y a des dizaines de détails scénaristiques qui mériteraient d’être évoqués, comme le fait  qu’un jeu dénué de textes ou de paroles puisse nous transmettre autant d’émotions ou que cette relation si particulière entre ces deux frères s’épanouisse sans pour autant nous ensevelir sous des tonnes de scènes mielleuses et inutiles. Mais si je devais retenir un instant fort du jeu, c’est lorsque Naiee et Naia parviennent à la contrée des géants. Si auparavant, l’aventure paraissait passablement insouciante et pleine de candeur, l’innocence de ces enfants sera perdue à tout jamais lorsqu’ils mettront les pieds pour la première fois sur ce territoire ravagé par la guerre. Ici et là, des corps de géants morts jonchent le sol et souillent le sol et l’eau de leur sang abondant. Les origines de cette boucherie ? Nous n’en saurons jamais rien. Ce qui est sûr en revanche, c’est que les deux frères devront traverser ce champ macabre quoi qu’il en coûte, même s’il faut pour cela repousser un bras lourd et en voie de décomposition, même s’il faut tirer à l’arbalète dans la tête d’un guerrier sans vie pour qu’il dégage le passage, même s’il faut – instant crucial – se voir asperger d’un torrent de sang. À ce moment, nous le constatons avec un pincement au cœur, ces enfants ne seront plus jamais comme avant.

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La tragédie d’une enfance gâchée.

Épilogue

En toute sincérité, je pourrais encore parler de Brothers pendant de longues pages. Malgré sa courte durée de vie – il m’aura fallu trois heures pour en voir le bout – il s’agit là d’un jeu qui de bout en bout, ne perd pas une once de rythme, d’intérêt, de beauté et de sincérité. La fin, à elle seule, justifie ce voyage. D’ailleurs, pour ce qui est de cette heureuse conclusion évoquée en introduction, laissez-moi être franc : elle n’existe pas. De bout en bout, le drame rôde, perfide et impitoyable, et ne saurait laisser ces deux enfants entreprendre une quête aussi insensée sans chercher à les punir pour leur bravoure.

Je répugne à évoquer cette conclusion mais je suis bien certain que si vous n’avez pas encore eu l’occasion de jouer à Brothers : A Tale of Two Sons, la lecture de cet article vous aura convaincu de vous y essayer !

A propos de l'auteur :

Créateur du Renard Loquace. Petit auteur à ses heures perdues, gamer de l'infini branché scène indépendante. Animal préféré : le renard.

 

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