Cerner la surenchère stylistique

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Ah, le sacro-saint Style, avec un grand S, parce que c'est trop la classe d'en avoir quand on écrit… Graal à obtenir des auteurs débutants, marque de fabrique des grands maîtres, le style n'a eu de cesse de faire couler l'encre et saigner les yeux des correcteurs. Pourtant, une question demeure toujours au moment de se lancer dans l'écriture : comment forger le sien ?
 

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Il n'est pas ici question de déterminer ce qu'est un bon ou un mauvais style, trop d'éléments subjectifs entrent en jeu. Et honnêtement, je m'en moque un peu. Ce qui compte, lorsque l'on écrit, est d'être compris sans qu'il n'y ait besoin pour le lecteur de relire trois fois la même phrase. Vous voyez où je veux en venir ? À la clarté du style. On peut très bien avoir un style atroce et chiant à mourir, et être tout à fait compréhensible par le quidam lambda. À l'inverse, on peut avoir un style magnifique, garni de figures littéraires éprouvées, etc., qui se révèle in fine absolument illisible. Dans ce cas, on peut parler à juste titre de surenchère stylistique.

C'est que, à trop vouloir en faire, à trop vouloir en rajouter sous prétexte d'affirmer sa plume, il est facile de glisser d'atroces lourdeurs dans son texte. Les tournures pesantes et maladroites plombent les phrases, assomment le lecteur ; gardons cela à l'esprit. Frôler l'indigestion à chaque fois n'est pas le but lorsque l'on prend un repas, il en va de même quand on veut lire. L'argument du style, s'il est commode pour excuser la pesanteur de sa prose, n'a aucune valeur ; convenons-en une bonne fois pour toute. Autrement, vos lecteurs vous regarderont tranquillement depuis le bastingage en train de couler vers les abysses, l'enclume de votre style accrochée aux pieds.

Pour atteindre un degré de clarté suffisant, de nombreux auteurs considèrent qu'il suffit d'aller à l'essentiel, quitte à appauvrir votre prose. Un "choc de simplification littéraire", si l'on peut dire… Seul problème : à trop vouloir simplifier, un texte perd souvent de sa créativité et de son originalité. Il devient trop allégé, soit l'excès inverse de ce que j'ai dépeint ci-dessus. Une crêpe au beurre sans beurre a-t-elle le goût, la saveur attendue ? Non. (et oui, j'arrête les métaphores avec la nourriture, promis).

Bref ! On ne saurait trop le répéter : en matière de style, tout est affaire de dosage ! *

Alors, si tu veux t'entraîner, lance-toi dans l'exercice consacré à la surenchère stylistique de suite !

* Si tu considères que tu as déjà du style, que tu refuses de le travailler sans relâche, arrête tout de suite d'écrire. Sérieusement. Même ceux qui ont donné leurs lettres de noblesse à la littérature n'ont eu de cesse d'évoluer et de se remettre en question.

A propos de l'auteur :

Silex est le rédacteur des blogs Silex Chronicles et Baroud Express. Lorsqu'il en a l'occasion, ce flâneur cynique publie des nouvelles à droite à gauche, dans lesquelles il s'amuse à jouer avec les failles humaines et les codes de la narration.

 

7 commentaires

  1. Mel

    24/03/2014, 00:13

    Le mieux serait peut-être de ne pas se concentrer sur le style consciemment. On en a tous un, que l'on commence par copier sur des auteurs qui nous plaisent généralement, Mais à trop se focaliser sur la forme est ce qu'on oublie pas un peu le fond? En tout cas, la question du style est aussi intéressante que compliquée

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  2. Avorpal

    24/03/2014, 19:12

    Le style, c'est un peu ma hantise. Je suis toujours en train de me demander si j'en ai un et si celui-ci est assez bon pour être agréable à lire. D'ailleurs, je suis très influencé par mes lectures du moment quand j'écris. Par exemple, j'adore le style d'Alessandro Barrico alors je m'en suis un peu inspiré pour une nouvelle mais je ne sais pas si c'est la bonne démarche pour trouver son propre style.

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  3. Mel

    24/03/2014, 19:39

    La copie me semble nécessaire pour se lancer en écriture et la pratique fait qu'on se détache ensuite. Peut être que je me trompe mais je pense que trouver son style ne devrait pas être un acte conscient et réfléchi. Mais c'est sans doute parce que j'écris de manière intuitive. 

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  4. Silex

    25/03/2014, 10:53

    Bosser la forme au détriment, c'est toujours le problème… :/ Oui, la copie est un préliminaire pour commencer, c'est évident. Là où ça devient intéressant, c'est lorsqu'on essaye d'aller au-delà en effet : ce moment de basculement où l'on écrit enfin à sa façon, comme on l'entend.

    Je suis d'accord avec toi, Mel, que chercher son style ne devrait pas être un acte conscient ou réfléchi… du moins lors du premier jet, intuitif. Travailler à son style ensuite me semble approprié ; retravailler le primo-matériau qu'on a créé ne fait jamais de mal. C'est là, dans cette recherche de peaufinage, que réside le style, à mon sens.

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    • Avorpal

      25/03/2014, 18:15

      Je dois trop réfléchir à mon style ^^ Je devrais arrêter d'y penser quand je taff sur une nouvelle, le reste viendra ensuite problablement.

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