Donner vie à ses personnages

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Après avoir vu avec Avorpal et Mel (ici et ) comment dresser le portrait des personnages de récits, voyons maintenant comment leur insuffler la vie ! Car si façonner un portrait est une chose, l’animer en est une autre…

frankenstein

Le récit comme simulacre de vie

L’important dans un récit est que le lecteur ait l’illusion d’avoir affaire à des êtres de chairs et de sang, qu’ils lui paraissent aussi réels qu’une vraie personne. C’est là que réside une grande part de la difficulté dans l’écriture : faire en sorte que les personnages s’incarnent.

Comme dans la vie réelle, c’est lors du premier contact que beaucoup de choses se jouent. C’est là qu’il faut mettre le paquet.

Lorsque vous désirez introduire un nouveau personnage, interrogez-vous donc sur le tour « normal » que prendrait une rencontre entre vous et cet inconnu. Considérez que vous ne connaissez pas encore celui-ci. Pourquoi ? Parce que c’est le cas de votre lecteur ! Alors, même si vous pouvez prétendre connaitre sur le bout des doigts votre créature, faîtes « comme si ».

Ce n’est pas le personnage que vous racontez, mais la rencontre avec celui-ci.

En temps normal, soit un trait particulier de la personne nous frappe, soit l’on s’attarde sur son visage ou son comportement. C’est par là qu’il faut débuter, par la description de ses caractéristiques propres, par ce qui le distingue particulièrement. Oubliez vos fiches super-détaillées soigneusement conçues à son sujet et gardez-les pour plus tard. L’important, j’insiste, c’est le premier contact, la primo-description. Il faut que ça semble couler de la façon la plus fluide et naturelle possible. Allez donc à l’essentiel : le but est de caractériser le personnage. Vous aurez tout loisir par la suite de le développer, inutile de s’emballer. Réfléchissez-y une seconde : connaissez-vous tout de la vie d’une personne rien qu’en la croisant ? Non. Partez du principe que c’est pareil en fiction. (Ou alors c’est que vous êtes médium, et là c’est un autre débat)

Votre personnage doit, au premier abord, paraître unique en son genre et frapper l’esprit, inspirer l’envie de le découvrir plus avant.

Soignez la description de la physionomie

Prenons l’exemple de, allez, disons au hasard, Voldemort, le vilain de Harry Potter. Sa créatrice, J.K. Rowling, le décrit comme suit (j’ai expurgé) lors de son apparition au quatrième tome :

Plus livide qu’une tête de mort, les yeux écarlates et grands ouverts, le nez plat, avec deux fentes en guise de narines, à la manière des serpents… Lord Voldemort venait de renaître devant lui [Harry Potter] [...] Voldemort détourna le regard et commença à examiner son propre corps. Il contempla ses mains, semblables à de grandes araignées blafardes, puis caressa de ses longs doigts blanchâtres sa poitrine, ses bras, son visage. Ses yeux rouges, aux pupilles verticales comme celles d’un chat, paraissaient encore plus brillants dans l’obscurité.

On ne saurait rêver plus efficace. D’emblée, Voldemort est montré sous un angle terrifiant, de manière à susciter la répulsion, et ça va crescendo en une belle gradation. Pas besoin d’en faire des tonnes, rien qu’avec ces quelques mots bien sentis sur sa physionomie, une image mentale se crée. C’est-y pas beau ça ? Il n’y a plus qu’à le faire dialoguer et agir ensuite, le tour est joué.

Pensez à la mise en scène

Un autre exemple pour la route, tiré du roman Le monde englouti, de J.G. Ballard.

Appuyé à la balustrade, ses épaules étroites, anguleuses, et son profil maigre reflétés dix étages plus bas dans l’eau étale, Kerans observait une des innombrables tempêtes thermiques ravager les prêles gigantesques bordant la rivière qui s’éloignait de la lagune.

Visuellement, cette phrase unique est on ne peut plus limpide dans ce qu’elle veut exprimer. La posture et la description, concise, de Kerans, son placement par rapport au lieu où il se trouve, permettent d’esquisser une personnalité, un caractère. Si vous tombiez nez-à-nez avec quelqu’un dans ces dispositions, dans ce cadre, quelle impression vous ferait-il ? Vous le découvrez en interaction avec son environnement, dans son intimité, ce par quoi il se révèle en partie et vous inspirera tel ou tel sentiment. Cet homme pensif face à la tempête n’aurait-il pas mille secrets à nous dévoiler ?

Attention par contre, à trop insister sur la mise en scène, vous risquez de reléguer le personnage au second plan. Il faut doser judicieusement, comme toujours.

Un peu de retenue…

En parlant de dosage… point trop n’en faut ! Entre la physionomie et la mise en scène, il y a déjà beaucoup à dire, beaucoup d’erreurs et de pièges à déjouer. N’essayez pas de trop dévoiler vos personnages dès la première apparition, laissez le plaisir au lecteur d’apprendre à les connaitre au fur et à mesure. Plus un personnage se développe au cours d’une intrigue, plus il s’incarnera dans le récit et prendra vie. Et là, vous pourrez à juste titre vous égosiller : « It’s alive! It’s alive! »

Et vous, quels sont vos moyens de donner vie à vos héros ?

A propos de l'auteur :

Silex est le rédacteur des blogs Silex Chronicles et Baroud Express. Lorsqu'il en a l'occasion, ce flâneur cynique publie des nouvelles à droite à gauche, dans lesquelles il s'amuse à jouer avec les failles humaines et les codes de la narration.

 

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