Interview de Mathieu Gaborit

, , 2 commentaires

Il y a plus de cinq ans, j’avais réalisé, pour un site d’écriture perdu dans les abysses de l’Internet, l’interview d’un écrivain français que j’apprécie tout particulièrement : Mathieu Gaborit, auteur des Chroniques des crépusculaires, de Bohème, d’Abyme et autres merveilles. J’ai donc décidé de republier cet entretien certes, un peu maladroit – je devais avoir la vingtaine d’années à tout casser – mais qui reste plein de bons conseils.

Entretien avec Mathieu Gaborit

Le renard Loquace : Alors tout d’abord, qu’est ce qui t’a décidé à écrire ?

Mathieu Gaborit : Sans doute un savant mélange entre la chance, mes turpitudes adolescentes et le goût de la lecture enseigné par mon père. A l’époque, je jouais au jeu de rôle, j’écrivais mes scénarios, je créais des univers. J’avais une démarche d’écriture. J’ai commencé un roman sans vraiment y croire et la chance a provoqué une rencontre fondatrice : Stéphane Marsan. En définitive, j’ai du mal à séparer le désir d’écrire de sa réalisation proprement dite à travers un roman publié. Acter l’écriture à travers une démarche éditoriale est pour moi un préalable indispensable. Je n’écris pas pour moi. C’était vrai hier, cela l’est encore aujourd’hui.

RL : Quelles ont été tes sources d’inspirations en termes de lecture ?

MG : Variées. De Gracq à Howard, de Beckett à Moorcock. Il y a eu néanmoins une empreinte indélébile de la littérature fantastique jusqu’à la trentaine. Aujourd’hui, je ne lis plus de Fantasy. Uniquement du polar, beaucoup de polars et de la littérature très classique. Mon père fait office de « bibliothérapeuthe » pour me faire redécouvrir les classiques que j’avais loupé à l’école, faute de m’y intéresser ou qu’on m’apprenne à les lire.

RL : Comment fais-tu pour créer des personnages aussi profonds, attachants et charismatiques ?

MG : Bien aimable de ta part. A dire vrai, je marche exclusivement à l’instinct. Mes personnages existent à compter du moment où j’en perds le contrôle. Je cherche ce point de rupture, ce moment délicieusement tragique où tu n’es plus maître à bord. Où l’émotion de l’auteur se conjugue aux impératifs de l’histoire et conduisent les personnages sur des sentiers inexplorés. Il faut que les personnages m’étonnent pour que je puisse les suivre jusqu’au bout d’un bouquin. Je ne sais pas où je vais et c’est pour cette raison que les personnages m’intéressent. Eux seuls peuvent me le dire.

RL : Deux trois conseils pour les jeunes écrivains en herbe qui veulent écrire de la fantasy ?

MG : 1 – Ne plus en lire.
2 – Chercher le sommet de la pyramide, c’est-à-dire l’idée simple et intuitive qui chapeaute votre univers et transpire à chaque chapitre. Une idée familière, une idée qui rôde dans l’inconscient collectif.
3 – Aimer la Fantasy pour mieux la transcender. Autrement dit, en maîtriser la petite musique et prendre des risques, bousculer le genre.

RL : Un petit portrait Chinois ?

Si tu étais un objet, tu serais…
Un paquet de clopes. Des Light de préférence.

Si tu étais une saison, tu serais…
L’hiver, pour mieux se cacher.

Si tu étais un élément, tu serais…
La terre. Elle me manque.

Si tu étais un animal, tu serais…
Un cerf.

Si tu étais une chanson, tu serais…
« Je te veux » de Satie.

Si tu étais une couleur, tu serais…
Orange. C’est très tendance.

Si tu étais un roman, tu serais…
La métamorphose, de Kafka.

Si tu étais une légende, tu serais…
Mort.

Si tu étais un personnage de fiction, tu serais…
Le major Richard D. Winters dans “Band of Brothers”.

A propos de l'auteur :

Créateur du Renard Loquace. Petit auteur à ses heures perdues, gamer de l'infini branché scène indépendante. Animal préféré : le renard.

 

2 commentaires

  1. Louisia

    18/05/2013, 11:11

    Ce que je trouve intéressant dans cette interview, c’est le conseil n°1 qu’il donne aux jeunes écrivains pour écrire de la fantasy : « Ne plus en lire ». Je me suis souvent demandé si, pour maîtriser un genre, il fallait lire énormément de livre qui en faisait partie. Par exemple, lire beaucoup de SF pour écrire de la SF, etc.
    Je me suis rendue compte qu’en lisant des genres différents, mes idées s’inspiraient d’autre chose et donc sortaient des traditionnelles idées que l’on peut trouver dans un genre donné. Je suis donc entièrement d’accord avec lui : lire trop de livres dans le même genre influence forcément et nous fait perdre de notre originalité.

    Répondre
    • Maxence

      18/05/2013, 11:45

      Je suis assez d’accord avec lui aussi. Étant un grand fan de science fiction, j’ai forcement lu beaucoup de livres dans ce genre. Maintenant que je me suis mis en tête de développer mon propre univers de SF, j’arrête tout simplement d’en lire. Et j’avoue que je suis plutôt satisfait du résultat, à savoir que mes idées ne sont pas forcement révolutionnaire mais m’appartiennent un peu plus qu’avant.

      Répondre

Laisser un commentaire

(*) Requis, votre email ne sera pas publié