Le double fil conducteur dans une nouvelle

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Une nouvelle est, malgré son format court, complexe à écrire. En l’espace d’une dizaine de pages, l’auteur doit être capable de poser son univers, ses personnages et son intrigue sans pour autant oublier un élément crucial : la chute. Voyons aujourd’hui comment aboutir à une fin qui ne soit pas attendue par le lecteur.

Le double fil conducteur dans une nouvelleDans l’optique d’améliorer mon écriture et la structure de mes récits, je me suis mis en tête de lire quelques livres traitant du sujet. Je ne suis pas un farouche défenseur de l’écriture scolaire ou méthodique, bien au contraire. Cependant, je sais qu’il est indispensable d’apprendre auprès de ceux qui ont réfléchi à la question avant nous et c’est pourquoi j’ai lu « technique du récit et composition dramatique » de Louis Trimbal-Duclaux. Ma démarche pourrait se résumer en une phrase : passer d’une écriture intuitive à une écriture construite. L’écriture intuitive présente des avantages tels que le temps de préparation qui frise le zéro ou le plaisir de découvrir son récit au fur à mesure que nous le rédigeons. Mais se cantonner à cette « méthode » souffre d’un défaut majeur selon moi : pas d’organisation donc une structure beaucoup plus aléatoire.

Préparer la fin avant de commencer

Il y a encore peu de temps, j’écrivais mes nouvelles sans penser à la chute, si bien qu’arrivé à la fin de mon histoire, je ne l’avais toujours pas trouvé. En me laissant porter par le récit, j’en oubliais l’essentiel : finir ma nouvelle en beauté. Pourtant, ce format se prête extrêmement bien à la chute spectaculaire et c’est ce qui fait son charme. Premier conseil donc : ne commencez pas à écrire une nouvelle sans avoir une fin bien ficelée, de celle qui fera que le lecteur sera sincèrement surpris. Mais attention, évitez les chutes du style : le héros meurt, se suicide, se réveille d’un mauvais rêve. J’ai déjà fait tout cela et franchement, ça ne plait jamais aux éditeurs. Ce que le lecteur attend finalement, c’est d’être mené par le bout du nez pendant tout le récit. S’il peut deviner votre chute avant d’y être arrivé, c’est que vous avez raté votre mission. Si je devais lancer quelques piques, je dirais qu’il faut avoir la démarche inverse de certains scénaristes de film outre-Atlantique (non je n’ai pas dit Américain et encore moins Hollywood). Pour surprendre son lecteur, évitez les fins clichés, les comportements prévisibles, les événements convenus deux pages avant sa mise en place. Ce n’est pas facile évidemment, je ne crois pas y être déjà arrivé de façon satisfaisante mais je me soigne !

Le double fil conducteur comme élément de surprise

Le deuxième conseil du jour me vient du livre de Louis Trimbal-Duclaux. Il explique en effet que pour aboutir à une fin réussie, il faut mêler non pas un fil conducteur mais plutôt deux. Le premier sera le fil montré. Le héros a un problème qu’il doit résoudre par exemple. La fin pourrait se résumer à savoir s’il y parvient ou non ce qui en soit, est trop attendue (une fin binaire comme dit l’auteur, résolution du problème ou pas). Pourtant, ce fil est la base du récit, elle se doit d’être présente. Seulement, rien ne vous empêche d’inclure un deuxième fil caché, une alternative à cette fin binaire, un élément de surprise que vous aurez pris soin de distiller discrètement tout au long du récit sans éveiller les soupçons du lecteur et que vous ne révélerez qu’au dernier paragraphe voir à la dernière phrase. Pour illustrer ces propos, je vous invite à lire cette nouvelle d’Arthur Conan Doyle intitulée « l’homme à la lèvre retroussée » et qui applique parfaitement le double fil conducteur, à savoir une énigme policière beaucoup plus complexe que ce que le lecteur imagine.

Malgré tout ce que l’on en dira, une nouvelle de qualité doit être réfléchie. Je ne dis pas que ceux qui écrivent de manière intuitive font de mauvaises nouvelles. Par contre, ceux-là pourrait trouver un certain intérêt à se pencher sur la structure pour gagner en capacité à satisfaire leurs lecteurs et à offrir des chutes à la hauteur de leurs récits.

Si vous avez d’autres méthodes pour travailler votre chute, n’hésitez surtout pas à m’en faire part dans les commentaires !

A propos de l'auteur :

Créateur du Renard Loquace. Petit auteur à ses heures perdues, gamer de l'infini branché scène indépendante. Animal préféré : le renard.

 

9 commentaires

  1. Olivia Billington

    20/05/2013, 21:02

    Bonjour, je découvre ce site et déjà cet article m’interpelle.
    Je suis, d’après mes lecteurs, plutôt douée en chutes surprenantes. Et j’ai réalisé, il y a peu, que, oui, je connais la fin avant d’écrire l’intrigue. Et c’est tout à fait compatible avec un auteur qui écrit de manière intuitive : je le suis, je me laisse toujours guider par mes personnages.

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    • Maxence

      20/05/2013, 22:19

      Ce n’est peut être pas clair dans mon article et je m’en m’excuse mais ma démarche n’est certainement pas de dire qu’il n’y a qu’une seule façon de travailler (et heureusement d’ailleurs !). Ce que j’essaye de faire avec ce blog, c’est de partager mes découvertes et mes réflexions dans l’écriture. Je suis conscient que l’on puisse écrire de manière intuitive ou très réfléchie ou un mélange des deux et c’est ce qui fait la différence entre deux auteurs à mon avis. Ici, c’est ma façon d’écrire que je tourne en conseils pour ceux qui en cherchent sans prétendre avoir la bonne parole :)

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  2. Olivia Billington

    21/05/2013, 11:50

    Si si c’était clair, mon commentaire était sans doute un peu trop concis (je vais toujours à l’essentiel et parfois ça me joue des tours). Je voulais indiquer que, même si on écrit de manière spontanée, il y a souvent une réflexion derrière et qu’on peut aussi savoir comment le récit va prendre fin.
    (histoire de ne pas décourager les « nouveaux » en écriture et qui n’ont pas de « structure » ;) )
    (j’espère que c’est compréhensible, je suis maladroite avec la théorie)
    (j’avais écrit un article à ce sujet il y a deux ans, je me permets de mettre le lien, si ça vous intéresse : http://desirdhistoires.wordpress.com/2011/06/27/de-la-theorie-de-lecriture/).

    Si l’article m’interpelle, c’est parce que je trouve intéressant, justement, d’analyser sa façon d’écrire.

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    • Maxence

      21/05/2013, 13:56

      Oui je comprends mieux effectivement. Mon expérience personnelle est encore jeune dans l’écriture donc je suis toujours preneur de bons conseils. Merci pour le lien, je vais le lire de ce pas et vous donner mon avis directement sur votre blog !

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  3. gaba

    16/09/2014, 21:43

    Auteur moi-même, je me pose cette question aussi. Il m’arrive donc de tester les histoires que j’écris auprès d’un lectorat (celui du forum Ter Aelis), quand elles sont en cours d’écriture : il n’y a donc pas la fin, même si je l’ai dans ma tête.
    Je demande alors aux lecteurs ce qu’ils pensent qu’il va se passer, et compare avec ma fin officielle prévue.
    Quand personne ne trouve la « bonne » fin alors que j’avais disséminé assez d’informations pour la préparer, je me dis que je suis sur la bonne voie.
    Il faut par contre se méfier des fins qui ne reposent sur rien (le policier, en passe d’appréhender le criminel, se fait enlever par des extraterrestres)

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    • Avorpal

      16/09/2014, 22:31

      Ah mais c’est une excellente idée ! Après, si on trouve ta fin, tu te sens obligé de la changer c’est ça ?

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      • gaba

        17/09/2014, 12:08

        J’ai pas réfléchi à ce qui se passerait si c’était le cas… mais je pense que oui.
        C’est une question de mode de pensée, on ne réfléchit pas tous de la même manière et ce qui est évident pour l’auteur peut l’être beaucoup moins pour la majorité de ses lecteurs. (ça a ses avantages et ses inconvénients)
        Après, quand on lit beaucoup un auteur, on s’habitue à son mode de pensée, et parfois on peut s’attendre à la fin. Comme en regardant un spectacle de marionnettes, on voit les fils à la fin.

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