Master class d’écriture avec Lionel Davoust

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Quoi de mieux pour dénicher de bons conseils d’écriture que de s’instruire directement auprès d’un écrivain professionnel ? C’est donc dans le cadre de la convention OctoGone de Lyon du week-end dernier que j’ai participé au master class d’écriture de Lionel Davoust, un auteur français aussi passionné que désireux de partager ses connaissances en la matière. Voyons ce que l’on a pu apprendre de ces trois heures passées en sa compagnie…

LDavoust

L’économie du livre

Pour commencer, Lionel a choisi de parler d’emblée d’un sujet qui ne passionne pas nécessairement les foules, mais qui peut s’avérer essentiel pour celui ou celle qui souhaiterait faire de l’écriture son métier.

Ce qui est important de retenir avant de se lancer dans une carrière d’écrivain, c’est que l’auteur n’est pas seul sur son livre. Certes, il en produit l’essentiel, mais une fois celui-ci terminé, il doit le soumettre à la lecture impitoyable des éditeurs. Si vous avez déjà été publié, vous savez à quel point cette étape s’avère parfois aussi passionnante et sportive qu’un match de tennis. Les allers-retours entre l’auteur soucieux de conserver l’essence de son œuvre et l’éditeur conscient des exigences du marché peuvent être nombreux et éreintants.

Une fois le manuscrit validé, n’oublions pas qu’il reste encore la production et la distribution. Sachez que pour qu’un livre parvienne jusqu’au distributeur final, (le libraire) il traverse de nombreux intermédiaires, des professionnels qui sauront imprimer le livre, le stocker, le vendre aux libraires ou l’acheminer jusqu’aux points de vente. Et puisque dans chaque librairie, l’espace de vente n’est pas illimité contrairement aux e-commerces, la place est chère.

Écrire pour soi ou pour les autres ?

Lionel différencie deux types d’auteurs : ceux qui écrivent pour leur tiroir ou autrement dit, pour eux-mêmes, et ceux qui écrivent pour un public. Si les premiers n’ont pas pour vocation de devenir professionnels, les seconds, eux, écrivent bien souvent parce qu’ils n’ont pas trouvé le livre qu’ils voudraient lire en librairie. Si vous faites partie de ceux-là, Lionel vous conseille avant tout de ranger votre fausse modestie au placard. Vous écrivez pour un lectorat ? Alors vous êtes un écrivain, déjà publié ou non. Si vous entendez justement publier vos œuvres et que vous y arrivez, vous passez alors écrivain professionnel.

Le plus important quand on se lance dans une carrière d’auteur, c’est que l’écriture doit être un plaisir. Se forcer à écrire est la pire chose que l’on puisse vouloir faire. Pour cela, il faut chercher en nous ce qui nous fait « triper », ce qui nous fait rêver, ce que l’on aime par-dessus tout. Vous êtes passionné par la littérature de l’imaginaire ? Écrivez de l’imaginaire. Les histoires sentimentales vous font vibrer ? Écrivez du sentimental.

Le rêve fictionnel

D’après Élisabeth Vonarburg, auteur de science-fiction et d’un guide sur l’écriture intitulé Comment écrire des histoires, nous dit : « Mens-moi, mais fait le bien ». En effet, la littérature est avant tout question de mensonge. Nous savons que Gandalf n’a jamais affronté le Balrog ni même qu’il a existé, nous n’ignorons pas qu’Hypérion n’est pas une planète colonisée qui renferme le secret des tombeaux du temps. Et pourtant, l’espace d’une lecture, nous y croyons parce que ces auteurs savent nous mentir. John Gardner parle du « rêve fictionnel », un concept qui pourrait résumer à lui seul ce qu’est la littérature. Le plus important, selon Lionel Davoust, c’est que ce rêve fictionnel ne soit jamais interrompu dans un récit. De bout en bout, il faut que le lecteur croie à absolument tout ce qu’il lit. Si les ficelles sont apparentes, l’illusion se dissipe. C’est pourquoi un livre, quelle que soit son ambition, se doit d’être exigeant dans sa cohérence et dans la maîtrise de sa narration.

Les règles de l’écriture

Selon Lionel, il n’existe qu’une seule règle en écriture : la clarté. À partir du moment ou un auteur est compris par ses lecteurs, qu’importe le fond ou la forme, il a réussi sa mission. Si vous vous souvenez bien de vos cours de français de collège, vous devez vous rappeler qu’il existe certains préceptes pour une histoire réussie : situation initiale, élément perturbateur et blablabla. Ces outils peuvent être utiles, mais il ne faut pas oublier avant tout qu’il s’agit d’un moyen d’analyser un récit, pas nécessairement pour en écrire un.

Mais malgré tout, s’il n’existe pas ou peu de règles, il y a de nombreuses techniques à acquérir pour peaufiner son art. « Sans technique, un don n’est rien qu’une sale manie » chantait Georges Brassens. En effet, l’écriture est un art comme les autres sur ce point. Il est possible de dessiner sans techniques, mais il faut bien admettre qu’avoir des notions de proportions, d’anatomie ou de perspectives aide le talent à s’épanouir. C’est la raison pour laquelle Lionel Davoust, tout comme j’en suis convaincu également, croit fermement à l’importance d’intégrer ces techniques et de se constituer sa propre boite à outils.

Polyvalence et régularité

Vous adorez écrire des dialogues, mais les scènes d’action vous rebutent et vous les traitez par-dessus la jambe ? Dans ce cas, apprenez à combler vos faiblesses. En écriture, il faut savoir tout faire. Voici plusieurs aspects du livre qu’il est important de maîtriser :

  • Les personnages
  • Le décor et l’atmosphère
  • Les intrigues et l’action
  • Le monde dans lequel se passe le roman
  • Le style d’écriture

Pour pallier à ses lacunes, il faut apprendre à se connaître, savoir ce qui fonctionne ou ce qui ne fonctionne pas pour soi afin de passer les étapes difficiles dans l’écriture d’un roman.

D’après Elizabeth George, il y a trois qualités qui peuvent faire de vous un bon auteur :

  • Le talent
  • La discipline
  • La passion

Si vous possédez l’une ou l’autre de ces qualités, vous pourrez écrire votre roman. Mais selon elle, la qualité qui prime par-dessus les autres, c’est la discipline. Avoir de l’imagination, des idées est une chose, s’assoir devant son bureau pour écrire en est une autre. Lionel Davoust ici, conseille d’être régulier, à défaut d’avoir beaucoup de temps. Choisissez une petite demi-heure par jour, que ce soit le matin avant de partir au travail, pendant la pause déjeunée ou le soir, avant de vous coucher. Restez régulier et vous obtiendrez la discipline nécessaire dont parle Elizabeth George.

Scriptural et structurel

Ces deux distinctions commencent à être connu dans le milieu de l’écriture, mais puisque Lionel Davoust en a longuement parlé, je me permets de réexpliquer en quoi cela consiste.

Il existe principalement deux façons d’écrire : de manière scripturale ou structurelle. La première est à comparer avec un jardiner. L’auteur ne prépare pas de plan ou de fiche de personnages et il sème ses idées en étant attentif au résultat. Si vous ne voulez pas connaître la fin de votre histoire avant de commencer à la rédiger, c’est que vous êtes un jardinier, pardon, un écrivain scriptural. Au contraire, la seconde façon est celle de l’architecte, qui tout prévoir avant d’écrire. Si vous voulez absolument connaître votre fin dès le début, c’est que vous êtes structurel.

Bien entendu, aucun auteur n’est à cent pour cent l’un ou l’autre. En général, il sera toujours un mélange des deux. Agatha Christie par exemple, écrivait ses enquêtes policières d’une traite sans avoir la moindre idée du coupable. Une fois que son histoire était terminée et que le meurtrier était désigné, elle revoyait l’ensemble de son roman pour le restructurer et semer les indices autour de cette révélation.

La volonté au cœur du récit

L’un des crédos de Lionel est celui du conflit. Selon lui, toute histoire est une question de volonté et d’opposition de volonté entre les personnages. L’enquêteur veut trouver le coupable, le puissant héros veut sauver le royaume, le capitaine veut traverser l’océan… Un personnage sans volonté, sans désir n’aura aucune saveur puisqu’il ne servira que de faire-valoir à l’histoire elle-même. En soi, les personnages ne sont pas censés être des figurants, mais les véhicules principaux du récit. Quels qu’ils soient, ils ont toujours des désirs, des besoins et un but (même un robot dénué de sentiment puisque selon toute logique, il a été programmé pour accomplir une mission). En somme, un personnage sans volonté, c’est un personnage en carton dont le lecteur se désintéressera trop vite. Et sans ce vecteur, pas d’histoire.

La mise en scène

Sans devenir des techniciens de l’écriture, il est tout de même raisonnable de vouloir découper un livre en scènes. Souvent confondues avec les chapitres, les scènes sont les moments clés de votre histoire. Une scène doit être un instant riche de votre récit. Bien souvent, pour une scène efficace, on y trouve :

  • Le ressenti des personnages
  • Une compréhension de l’opposition des volontés
  • Le problème le plus pressant
  • Quelle réponse unique apporte-t-on à ce problème ?

En effet, un récit est avant tout un assemblage de questions qui captivent le lecteur et de réponses. Et si le livre en contient un certain nombre, les scènes peuvent elles aussi soulever assez de questions pour susciter l’intérêt.

Pour Lionel Davoust, une scène complète doit :

  1. Appliquer une volonté à une résistance
  2. Dans un décor intéressant
  3. Avec de l’inattendu
  4. Dont il sort un élément qui fait évoluer l’histoire.

Dire, ne pas dire, montrer, ne pas montrer

Le dilemme de l’auteur, c’est de savoir quoi montrer au lecteur et quoi lui dire. C’est le show vs tell. Par exemple, si pendant une scène, il ne se passe rien et le lecteur n’apprend rien, elle n’a tout simplement pas lieu d’exister et peut être très bien résumée en une phrase quelque part. Au contraire, un moment phare du récit doit être montré et développé. C’est ici tout un art de différencier ce qui est essentiel de ce qui ne l’est pas. Mais attention, ne vous limitez pas dans vos descriptions ou vos dialogues à tout-va, sachez simplement garder ce qui fera réellement avancer l’histoire sans qu’elle ne perde en rythme. Lionel nous donne ici l’exemple d’une conversation entre deux agents secrets dans un restaurant. L’objectif de cette rencontre est un échange d’informations. Il est donc inutile de développer en dialogue tout ce qu’ils peuvent se dire avant, comme « qu’est-ce que tu bois ?» ou « commandons une pizza » puisqu’il est possible de le résumer en une courte phrase du style « ils commandèrent une bière et une pizza six fromages ».

Les cinq règles de Robert Heinlein

Assez ironiquement, c’est avec les cinq règles de Robert Heinlein que Lionel Davoust a choisi de conclure son master class. Elles s’adressent plus particulièrement aux auteurs souhaitant devenir professionnels, mais peuvent très bien s’appliquer aux débutants.

  1. Écris
  2. Finis ce que tu commences
  3. Évite de réécrire, sauf sur demande éditoriale
  4. Place ton travail sur le marche
  5. Garde le jusqu’à ce qu’un éditeur le prenne

Après avoir terminé cet article, je me rends compte que je suis loin de vous proposer un compte rendu suffisamment détaillé sur ce master class. Les trois heures passées avec Lionel Davoust ont été denses et il m’aurait fallu probablement encore écrire le double pour être assez exhaustif. Mais ce qui compte, c’est que tout comme moi, vous ayez un tant soit peu profité du savoir-faire de cet auteur extrêmement sympathique !

A propos de l'auteur :

Créateur du Renard Loquace. Petit auteur à ses heures perdues, gamer de l'infini branché scène indépendante. Animal préféré : le renard.

 

8 commentaires

  1. Cécile D.

    08/10/2014, 10:30

    Très instructif en effet ! Pour le rêve fictionnel, je ne connaissais pas cette appellation. J’avais plutôt entendu parler de « suspension of disbelief », mais ça a l’air d’être le même concept au final ^^
    Merci pour ce super CR, vous avez abordé plein de choses en 3 heures à peine, pfiouuuu !

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    • Avorpal

      08/10/2014, 10:37

      Et encore, il manque certains points mais l’essentiel y est ! Et oui, Lionel a été très efficace, un vrai maitre de conférence héhé.
      Je me renseignerai pour ce « suspension of disbelief » que je ne connaissais pas du coup.

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  2. Ielenna

    08/10/2014, 11:51

    Un compte-rendu très intéressant ! J’aime beaucoup la distinction qu’il fait entre auteur / écrivain / écrivain professionnel. Je me pose très souvent la question, mais j’ai parfois du mal à poser les bonnes limites. Après, je pense que c’est un ressenti personnel aussi, comment nous on veut bien s’appeler. Même si j’écris pour des gens, je me sens plus auteur qu’écrivaine, par exemple.
    En tout cas, c’est le genre de conférence qui permet de mettre des mots sur des mécanismes intuitifs ou inconscients quand on a un peu d’expérience et ça devient d’autant plus intéressant de parvenir à identifier tout ça.
    Merci pour ce compte-rendu de qualité ! :)

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    • Avorpal

      08/10/2014, 19:14

      Jusqu’à ce dimanche perso, je me refusais même à dire que j’étais quoi que ce soit, c’est dire. Mais le « rangez la fausse modestie au placard » est très juste :)
      Content que cela t’a plu en tout cas !

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  3. Louisia

    10/10/2014, 23:14

    Compte-rendu très intéressant ! J’avais entendu parlé de ces master-class, mais je n’ai pas encore eu l’occasion d’y assister à l’une d’elle. Ton article donne envie d’entendre à haute voix tous ces conseils. Merci de les retranscrire ici. La régularité est certainement ce qui me manque le plus, il n’est pas facile de trouver chaque jour cette demi-heure de liberté, surtout quand on est crevé… Mais je sais que se discipliner est le maitre mot de la réussite. En tout cas, écrire par passion, c’est ce que je préfère ! ça fait tellement de bien de coucher sur le papier toute cette imagination débordante !

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    • Avorpal

      11/10/2014, 20:11

      Merci Louisia :) Je ne peux que t’encourager à participer à l’un de ces master class oui, c’est très instructif et le fait de pouvoir échanger avec un écrivain est un plaisir tout simplement incomparable !

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