Transformer un scénario de jeu de rôle en récit

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En tant que pratiquant de cette noble discipline ancestrale qu’est le jeu de rôle, je ne pouvais résister à l’envie d’en parler sur le Renard Loquace. Et non, il ne sera pas question de voir comment écrire un bon scénario mais plutôt comment faire de ce scénario une histoire qui tient la route.

jdr

J’ai souvent lu qu’il était difficile voir non recommandé de s’inspirer de ses parties de jeux de rôle pour écrire une nouvelle ou un roman. Il est vrai que le format si particulier du jdr en fait une pratique à cheval entre l’improvisation, l’écriture, le jeu de société voir même le cinéma. Pourtant, l’effort créatif fourni par les maîtres du jeu/meneurs/conteur – le terme sera à votre convenance – est très puissant, au point que l’on puisse légitimement, en tant que créateur, être déçu de voir ses trouvailles disparaître dans l’oubli après une partie (aussi savoureuse fut-elle). C’est pourquoi je me propose de vous donner quelques conseils pour concilier le jeu de rôle avec l’écriture.

Mieux se préparer

Pour commencer, ne cherchez pas à écrire un scénario qui puisse plus tard être adapté en nouvelle ou roman. Rester concentré sur un exercice reste plus efficace que de tenter de se disperser. Mais contrairement à vos habitudes (vous savez, le fameux scénario des familles écrit sur une feuille de bloc note une heure avant la séance), donnez plus de détails à vos lieux, vos personnages ou les scènes que vous prévoyez d’inclure. Mais encore une fois, laissez la part d’improvisation de vos scénarios là où elle se trouve. Il s’agit d’être plus spécifique, pas de casser votre rythme de meneur.

User de ses joueurs

Si vous devez travailler plus pour espérer tirer un immense profit de votre création, n’hésitez pas à faire de vos joueurs une source d’inspiration en leur demandant un historique plus fouillé ou des détails précis sur leur personnage. Ce n’est pas forcément nécessaire mais c’est toujours un stimulant de plus pour votre imagination. Après, j’ai déjà eu le cas d’un joueur ayant très peu d’éléments de background et qui pourtant, de par ses actes et son comportement en jeu, m’a permis d’en faire l’un des piliers de ma campagne donc ne désespérez pas si vos joueurs ne vous rendent qu’une feuille de pq en guise de biographie.

S’inspirer du hasard

Si beaucoup d’auteurs s’inspirent de leur vie pour écrire, ne peut-on pas qualifier le jeu de rôle comme l’opportunité de s’inspirer pendant quelques heures de la vie d’un personnage fictif dans un monde merveilleux et illimité ? En effet, contrairement aux jeux vidéo, le jdr n’a pour les joueurs, pas de limites définies à l’avance par ses créateurs. Combien d’entre nous ont déjà préparé un scénario parfaitement ficelé pour le voir s’écrouler quelques minutes après le début de la séance lorsque le groupe de joueurs décide, contre toute attente, de partir pour l’ouest au lieu de partir vers l’est comme prévu ?

À ce moment, il s’agit pour le meneur d’être réactif mais aussi d’être à l’écoute. Selon moi, toute la saveur d’une bonne partie de jdr se passe lorsque le prévu est dépassé par l’imprévu. Mais surtout, lorsque cela arrive, n’oubliez pas de prendre des notes ! Un pnj inventé sur le pouce pourra parfois marquer vos joueurs plus durablement que si vous aviez pris le temps d’en brosser le portrait complet au préalable.

Trier les chaussettes et les caleçons

Le problème du jdr, c’est que les idées fusent et s’entassent mais si vous voulez les utiliser dans un récit, il va falloir trier selon des critères sévères. Et quand je dis sévères, je pèse mes mots. Oubliez toutes les blagues de mauvais goût, les situations qui ne feront rire que les quelques personnes qui étaient présentes à votre séance et tentez de vous focaliser sur les bonnes idées. C’est là que vous me dîtes : « mais, monsieur le Renard, comment reconnait-on une bonne idée ? ». À cela, je vous répondrais qu’il n’existe pas de réponse claire et précise. À mon humble avis, une idée est souvent difficile à extraire de son contexte, c’est pourquoi il faut savoir à l’avance ce que l’on veut écrire avec une base concrète avant d’aller chercher l’inspiration dans l’un de ses scénarios de jeu de rôle. Et vous verrez que quand vous savez quoi chercher, le reste viendra tout seul.

Tout est dit pour le moment, j’espère vous avoir apporté quelques lumières sur le sujet et en attendant un prochain article, n’hésitez pas à me donner votre avis sur l’utilisation du jdr dans l’écriture en commentaire !

Mise à jour du 17/09/14 : Après une discussion sur Twitter avec Corwin (son twitter), ce dernier a écrit un très bon article sur la relation écriture/jeu de rôle intitulé « Du jeu de rôle au roman : possible ?« . Je ne peux que vous conseiller d’aller le lire si vous voulez aller plus loin !

A propos de l'auteur :

Créateur du Renard Loquace. Petit auteur à ses heures perdues, gamer de l'infini branché scène indépendante. Animal préféré : le renard.

 

5 commentaires

  1. Cristol

    29/01/2014, 18:09

    Alors j’ai essayé plusieurs fois, et a chaque fois, impossible de faire en sorte que les personnages soient aussi vivants que quand ils sont joués par mes joueurs. Et l’histoire a en fait aucun sens sans les joueurs. Ce qui me fait dire qu’autant je suis probablement pas tres bon écrivain, autant je suis probablement pas un si mauvais MJ ^^

    Un truc qui aide un peu: quand les PJs aident a créer le setting, et meme le scénar. Maintenant avant de commencer une série de scénars, je commence a discuter avec eux. On lie leurs éléments de background entre eux (« eh, toi ton ennemi juré c’est un pirate de l’espace, et toi ton frere jumeau c’est un pirate de l’espace. pourquoi ca serait pas la meme personne? Ou ils sont dans le meme équipage? »), on discute de ce qui les intéresserait pour le scénar (« Une attaque de dinosaures nazis! » « Ok, une attaque de dinosaures nazis. »), etc. Du coup, le scénar est + construit, et tient mieux la route ^^

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  2. Maxence

    29/01/2014, 18:16

    Justement, ce que je dis, c’est qu’il faut faire un certain tri sur les idées que tu tires de tes scénar’. Je pense que c’est compliqué de reprendre ton histoire telle quelle mais une innovation technologique par ici (par exemple, j’avais repris l’idée du vaisseau plus ou moins modulable d’Hypérion dans un de mes scénar mais je n’aurais pas hésité à faire l’inverse si j’avais eu l’idée en jeu) ou un pnj au caractère fort par là. Dans tous les cas, si je devais résumer mon article, je dirais : écrire un scénar, c’est déjà un gros effort alors pourquoi pas en recycler quelques idées quand c’est possible

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  3. Mathieu

    19/02/2014, 13:33

    Je trouve que c’est casse-gueule pour ma part. Simplement parce qu’il y a des enjeux différents dans le JDR et dans la fiction. Que les rencontres de JdR sont forcées, et qu’on a toujours une dynamique de groupe. Cela limite les histoires mais ! c’est intéressant car cela peut éclairer/amener de nouvelles idées/débloquer des points qu’on voyait mal.

    En gros, je trouve que c’est aussi productif qu’un atelier d’écriture, mais que ça agit au niveau du scénario alors que l’atelier a tendance à travailler les points précis.

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    • Maxence

      19/02/2014, 14:24

      Bien sûr que c’est casse gueule mais comme je le dis, c’est compliqué de faire un scénario entier basé sur une partie de JDR. En revanche, pour l’avoir déjà fait, on peut facilement déceler quelques bonnes idées pour enrichir un univers :) Après, c’est à chacun de voir héhé

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